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Disques

Lost Girls – Menneskekollektivet

Après des années d’étroite collaboration musicale, notamment sous l’alias Nude on Sand, Jenny Hval et Håvard Volden proposent cette année leur premier véritable album studio, cette fois-ci en tant que Lost Girls. L’acoustique intime du précédent projet a laissé place à une musique plus complexe, dense (dance ?) et libérée.

Avec “Menneskekollektivet”, sorti chez Smalltown Supersound, le duo Lost Girls invite l’auditeur à explorer le champ des possibles, et l’abandon de soi. Il n’opte pas pour un des chemins qui s’ouvrent à lui, mais décide de tous les emprunter, sans exception. Là où “The Practice of Love” de Jenny Hval (2019) était majoritairement influencé par la scène dance/trance des années 90 (notamment une certaine Madonna), les références sur “Menneskekollektivet” sont plus diverses. On pense au Can du milieu des années 70, à Edgar Froese ou à Underworld, mais ces quelques noms ne servent au final qu’à appuyer la singularité et le caractère inclassable de l’objet.

Ici, les compositions, tout comme l’univers autour duquel elles gravitent, semblent flotter à un moment précis, celui de leur conception. Elles ont conservé cet état modulable, malléable, sans pour autant sembler inachevées. C’est l’illusion du processus créatif en instantané, un peu comme si nous nous trouvions dans le studio au moment même où les idées prennent forme. Elles évoluent d’une manière peu commune. Imprévisibles et insaisissables, mais en même temps fondamentalement humaines, ces improvisations s’étendent au possible, et témoignent de la volonté de s’affranchir des schémas préconçus pour adopter une approche instinctive.

Cet instinct façonne à la fois la forme et le fond de “Menneskekollektivet”. Entre les lignes, il est question de vie, de réalité, du corps et de l’esprit, et de la beauté d’exister. Mais il n’est pas indispensable de chercher un sens aux mots prononcés par Hval. Cela ne signifie pas qu’il est absent, mais plutôt que l’idée première est ailleurs : jouer avec les sons, les rimes et le rythme. Paradoxalement, cette démarche apporte plus de profondeur au résultat final.

La voix est utilisée ici comme un instrument à part entière, ondulant sur les éléments en présence, dans une étrange homogénéité. Ces éléments ne sont pas nombreux, mais derrière l’économie de moyens apparente, le disque se révèle d’une richesse inouïe : chaque mot, chaque son semble à sa place. De la confession parlée à l’exaltation non dissimulée, les pensées existentielles de Jenny Hval offrent un parfait contrepoint poétique aux boites à rythmes énergiques et à la guitare appuyée de Volden.  Cette fusion explique l’étonnante ambivalence du disque, tutoyant autant l’euphorie et la rêverie. Une musique de club contemplative en soi, comme si vous vous mettiez à réfléchir sur la piste de danse.

“Menneskekollektivet” est une œuvre hors du temps, un dialogue fascinant entre deux esprits en parfaite complémentarité mais totalement déconnectés de la réalité qui les entoure. Cette musique a probablement été écrite au milieu de la nuit, dans un état de demi-conscience, mais elle s’écoute et s’apprécie à chaque instant.

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