Consacrée aux singles qui ont marqué l’histoire, l’excellente collection Seven Inches de l’éditeur spécialisé dans la musique Le Boulon pouvait difficilement faire l’impasse sur ce qui est à la fois l’une des plus grandes productions de Phil Spector, l’acmé de la vague des girl groups et, tout simplement, l’une des plus belles chansons pop de tous les temps. Jean-Marc Millanvoye nous raconte donc l’histoire des Ronettes et de “Be My Baby”, comme si nous y étions ou presque. Son récit à la fois vif et détaillé nous plonge dans l’Amérique du début des années 60, où souffle un vent d’optimisme même si, nous rappelle l’auteur, une grande partie de ses habitants – notamment les Afro-Américains – « grandissent dans la pauvreté et les discriminations ». Fraîchement élu, JFK promet qu’un Américain posera le pied sur la Lune avant la fin de la décennie – il ne sera malheureusement plus là pour le voir.
Musicalement, c’est un âge d’or, à la fois artisanal et industriel. Entre les pionniers du rock’n’roll et la British Invasion (même si la chronologie n’est en fait pas aussi stricte), la vague des girl groups déferle pendant quelques années. Ciblant un public adolescent, la musique est dérivée de celle des formations masculines de doo-wop, très populaires dans les années 50. Le schéma est souvent identique. Au départ, des sœurs, cousines, amies…, souvent toutes jeunes, chantent ensemble dans leur quartier de New York ou Detroit en s’inspirant des succès du moment, et se produisent lors des tremplins où elles sont éventuellement repérées par des représentants des maisons de disques. Ceux-ci prennent leur destin en main, commandant des chansons à des compositeurs et paroliers confirmés ou émergents – qui travaillent souvent en tandem – et faisant enregistrer au groupe débutant un premier 45-tours. La patte d’un producteur et arrangeur peut avoir une grande incidence sur le succès ou non du disque, et quand il s’agit de l’obsessionnel Phil Spector
– dont les méthodes de travail sont minutieusement décrites ici –, le carton est quasiment assuré.
Beaucoup des tubes des girl groups sortis à l’époque sont aujourd’hui oubliés, le nom de leurs interprètes n’étant plus connu que des érudits (et Jean-Marc Millanvoye, qui prend plaisir à en faire la liste, en est assurément un). “Be My Baby” est resté. Alors qu’a disparu cette année la dernière Ronette originelle encore vivante (Nedra Talley, cousine des sœurs Estelle et Ronnie Bennett, future Spector), le chanson continue à fasciner : la fameuse intro de batterie d’Hal Blaine, née d’un plantage ; l’entrée progressive des instruments qui échafaudent peu à peu le fameux « Wall of Sound » ; les supplications déchirantes de Ronnie au refrain, doublées par les chœurs ; le court passage instrumental avec les cordes ; le break avec le retour du motif de batterie ; enfin, l’ultime refrain en fade-out. Et une magie toujours renouvelée qui défie l’analyse.
“The Ronettes – Be My Baby” de Jean-Marc Millanvoye, éd. Le Boulon, coll. Seven Inches. Préface de Pierre Lescure. 128 p., 12€.
Une reprise par John Lennon :
