Ademo et N.O.S, deux frères, s'adonnent à ce rap triste, à ce nouveau blues de dealers, aujourd'hui si répandu aux Etats-Unis. Avec eux, c'est encore le cadre typique du rap français, celui de la cité. Ce sont des histoires dures parlant sans ambages de drogues, de ventes illicites, et parsemées d'argot. Mais elles sont racontées sur un mode sombre et déprimé, où craque la façade : le machisme, la frime et la délinquance y apparaissent en fait comme des expédients, comme une réponse au malaise causé par l'ennui, et plus encore, par le manque d'affection.

Ce dernier, l'abandon, la détresse sentimentale, sont en fait les thèmes centraux de l'album. Ils sont abordés soit de front, soit par l'évocation de Mowgli, Simba et Végéta, des personnages de Disney et Dragon Ball Z qui ont en commun d'avoir été abandonnés enfants dans un monde sauvage. Les seules façons d'y répondre, pour PNL, les derniers refuges, c'est la dureté, l'insensibilité apparente, et l'esprit de clan. Ce sont les frères et la famille qu'on s'est choisis. Que la famille.

Pas morales, mais pas basées non plus sur une posture de Musclor invincible, les paroles de PNL sont fortes. Le plus admirable, cependant, c'est qu'elles sont sublimées par la musique, comme trop rarement dans un rap français où les punchlines et les textes ont souvent la primauté sur tout le reste. Ce ne sont pas tellement les beats qui font la différence, et il reste encore un peu trop de copié-collé des modèles américains, comme ces "ounga ounga" , inspirés de Chief Keef et consorts, et employés avec trop de systématisme. Non, ce qui est décisif ici, c'est l'usage de l'auto-tune. Ademo et N.O.S ont appris à s'en servir, ils ont apprivoisé cet engin encore honni par beaucoup. Avec eux, ce n'est plus un cache-misère, ni un gadget importé d'Amérique, mais bel et bien un moyen de souligner leurs failles par des raps mélodiques et fragiles, une façon de marquer que leurs paroles sont du vrai jus de tripes, un sang bourbeux, jaillissant d'un cœur à vif.

L'auto-tune est une constante, mais la musique de PNL n'est pas monolithique. Entamé avec son titre le plus fort, "Je Vis, Je Visser", et clos par son plus original, "Simba", Que La Famille offre dans l'intervalle plusieurs déclinaisons à la formule. On retrouve une ambiance lourde et gothique, à forte influence drill music, sur "Différents" ; une chronique urbaine sur fond ambient sur "Obligés De Prendre" ; un posse cut mélancolique sur "De la Fenêtre au Ter-Ter" ; une mélodie minimale au piano sur "Athéna", le seul autre titre avec des invités ; un sample chipmunk soul sur "PNL" ; et surtout, du spleen souligné par une musique atmosphérique, avec les très bons "J'Comprends Pas", "La Petite Voix" et "Recherche du Bonheur".

Cet album est une telle réussite qu'il s'est fait un chemin rapide auprès des fans, des profondeurs du Web jusqu'aux médias les plus institués. PNL est même en voie de conquérir des publics habituellement rétifs au rap français. D'ailleurs, n'est-ce pas la première fois depuis longtemps que POPnews se penche sur un disque rap venu d'ici ? Et qu'en plus, il en dit du bien ? Certains adeptes de rap français, abonnés aux thèmes de la cité et de la bicrave, en trouveraient même cet engouement suspect. Mais non, ce n'est pas suspect. Au contraire, c'est un signe