Loading...
Concerts

The National – Londres, 93 feet East, le 8 juin 2004

THE NATIONAL – Londres, 93 feet East, le 8 juin 2004.

Ce soir The National (dont un titre orne la très bonne compilation d’un certain webzine) entame sa troisième semaine d’une tournée européenne qui les aura entraînés de la Belgique à l’Italie, de la Croatie à l’Allemagne, de l’Autriche à la France et ce soir en Grande Bretagne.

93 Feet East est une salle de concert au coeur du quartier (en passe d’être) à la mode de Bricklane. Les restaurants indiens multicolores et aromatiques jouxtent les boutiques de fringues à la mode, les bars branchés et les galeries d’art. Il fait très beau ce soir à Londres et la terrasse ensoleillée fait plus envie que la salle enfumée. C’est donc de loin et un verre frais à la main qu’on écoute une première partie bruitiste entre Wire et Cabaret Voltaire mais sans la rigueur métronomique des premiers ni le brin de folie salvateur des seconds. Arrive enfin l’heure d’entrée en scène de nos chouchous de The National et l’on se dirige péniblement vers la fournaise et la pénombre du club. Bryce Dessner (guitare) et son Frère Aaron (basse, guitare) entrent en scène suivi du violoniste Padma Newsome, qui abandonne son propre groupe Clogs le temps d’une tournée, et enfin débarquent la fratrie Devendorf (guitare et batterie) et Matt Berninger l’âme damnée qui anime les shows de groupe de sa voix sombre et de sa présence plus sombre encore. A peine le temps de dire bonjour a la foule clairsemée (la terrasse est toujours pleine) et le groupe entame le concert par "Wasp Nest", premier titre de leur nouveau mini lp. L’énergie est palpable et le groupe est au top de sa forme. Les yeux hagards du chanteur ont du mal à trouver un point de mire, mais il enchaîne sans peine cigarettes, vodka coke et râles douloureux. Sa présence scénique est extraordinaire. Il se mord les poings, tourne comme un lion en cage, se sert de son pied de micro comme d’une échasse pour agrandir encore son corps de grand échalas.

Il y a du Brel chez Matt Berninger. Il se laisse aller sur scène sans retenue, il est chez lui sur ces quelques mètres carrés en surplomb. Quand le groupe prend le relais, il se colle la tête dans la grosse caisse ou tout contre l’ampli de la guitare. Les excès sont naturels, frôlant l’indécence et le public de plus en plus compact, le regarde bouche bée. Les chansons défilent, une à une, en passant d’un album à l’autre. "Slipping Husband" se termine dans une explosion sonore qui pousse Matt Berninger tout au bord de la scène en hurlant "Dear, we better get a drink in you before you start to bore us". Le voyage sans retour vient de commencer. Si, jusque là, le public était un peu dubitatif, il vient de succomber et ne se relèvera plus. Ce soir, la foule du 93 Feet East vient de se trouver de nouvelles idoles, des dieux vaudous sombres et torturés qu’elle regarde en coin, effrayée et fascinée par tant d’émotions. "Murder Me Rachael" enfonce un peu plus le show dans la violence avant que la guitare hypnotique de Bryce ne calme les choses pour un "About today" de toute beauté. Une heure trente plus tard, le groupe s’en va puis revient pour un rappel composé d’inédits dans lequel ils incluront "Cold Girl Fever" à la demande d’un public maintenant fervent. Et enfin c’est fini, le groupe quitte la scène, le public ravale sa salive, le silence est assourdissant, un ovni est passé.

Les quelques nouveautés qui parsèment le concert laissent entrevoir un troisième album prometteur – on n’a pas fini d’entendre parler de The National.

Gildas

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *