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Bilans annuels

Bilan 2022 – L’année des VIP

1/ Qu’avez-vous écouté en 2022 ?
2/ Comment avez-vous vécu cette année 2022 ?
Qu’en retenez-vous, quels événements marquants ?
3/ Et qu’attendez-vous de 2023 ?
Des musiciens, acteurs du monde de la musique ou simples mélomanes nous ont répondu.


Marc Fitoussi (réalisateur, nouveau film “Les Cyclades” en salle le 11 janvier)

1/ Spotify m’indique que les deux morceaux que j’ai le plus écoutés cette année sont signés du même groupe, Marxist Love Disco Ensemble. Je les ai découverts grâce à la plateforme qui m’a d’abord suggéré “Brumaire”. Puis est sorti “Material”, que je trouve encore plus addictif. Dommage que l’album ne soit pas à la hauteur de ces deux premiers singles. Après, j’ai aussi beaucoup réécouté certains artistes dont je ne me lasse jamais : Stereolab, Cate Le Bon, Wild Nothing, Benny Sings, Sondre Lerche, Midnight Sister ou les High Llamas dont jamais aucun album ne m’a déçu.

2/ Pour les besoins de mon nouveau film, “Les Cyclades”, je me suis replongé dans beaucoup de disco. Un morceau comme “Bourgie, Bourgie” de John Davis and the Monster Orchestra (qui figure dans une scène) s’est répété en boucle lors des répètes, du tournage, du montage… Et puis j’ai fait appel pour la musique originale à Mocky dont j’aimais le travail et qui s’est révélé un fantastique partenaire. Nous ne nous sommes jamais rencontrés : il vit à Los Angeles et moi à Paris mais nous sommes parvenus à parfaitement nous comprendre grâce à quelques mails, quelques échanges sur Skype et WhatsApp… C’est très émouvant de recevoir une B.O. qui correspond en tout point à ce dont vous rêviez. Surtout lorsqu’elle s’est fabriquée dans ces conditions…

3/ Je devrais réaliser une nouvelle série que j’ai coécrite, sur un cabaret parisien dans l’esprit du Paradis Latin. Ce sera très musical car en plus de la B.O., il faut aussi imaginer toute la musique de la revue qui s’y joue. C’est Bertrand Burgalat qui va s’y coller et je suis ravi de le retrouver après avoir collaboré avec lui sur “Les Apparences”, sorti en 2020. Il sait se frotter à tous les genres avec délice.


Thierry Jousse (critique cinéma, animateur de ciné-club, spécialiste de la musique de film)

1/ En 2022, j’ai beaucoup écouté deux disques brésiliens, “Estrela Acesa” par Sessa et “Mil Coisas Invisíveis” par Tim Bernardes. Deux albums qui reprennent le flambeau d’un songwriting à la Caetano Veloso. Deux disques doux et élégants, tout en étant incisifs à leur manière. Deux merveilles que je réécouterai sans doute encore en 2032.
J’y ajouterai le coffret dédié à Philippe Sarde, paru cet automne chez BMG, une superbe collection de thèmes qui s’incrustent imparablement dans la mémoire.

2/ L’année 2022 a été pour moi une année de travail intensif pour deux livres parus à la rentrée dernière, “Dictionnaire enchanté de la musique au cinéma, Vol. 1” et “Bandes originales”. Deux livres qui m’ont permis de me plonger et replonger dans des B.O. d’époques très variées.
2022, c’est aussi l’année de la mort de Jean-Luc Godard, Jean-Marie Straub, Gal Costa ou Angelo Badalamenti. Des admirations de toujours.
Et, politiquement, la défaite de Bolsonaro face à Lula, au Brésil. Un soulagement, pour le moins.

3/ Pour 2023, je n’attends pas grand chose, si ce n’est d’être surpris… Si possible dans le bon sens du terme. C’est pas gagné ! Et que la jeune génération parvienne enfin à imposer le changement climatique comme urgence majeure… Et c’est pas gagné non plus ! Mais, comme je suis un optimiste invétéré, j’y crois tout de même…


Stephen Tunney alias Dogbowl (musicien, écrivain)

1/ En 2022, j’ai assisté à des concerts de divers groupes de Brooklyn, en y prenant beaucoup de plaisir. Plusieurs salles ont ouvert dans cette partie de New York et je me suis retrouvé à aller voir des groupes sans aucune idée de ce à quoi ils ressemblaient. J’ai bien aimé The Elgin Marbles, Psychic Lines et Girls on Grass, tous basés à Brooklyn. En parlant de Brooklyn, il y a eu un très beau festival de musique pendant l’été où j’ai découvert The Seratones, un groupe de Louisiane incroyable en live, et The Beths, qui viennent de Nouvelle-Zélande. Après la pandémie, j’ai vraiment recommencé à apprécier la musique live !

2/ Le grand événement pour moi a été le mariage de ma fille l’été dernier. Il y a cinq ans, j’ai perdu ma femme (qui était française !) d’un cancer du cerveau, et pendant très longtemps après sa mort, j’ai vécu dans un étrange crépuscule d’ombres, de chagrin et de tristesse. Chaque jour ressemblait à un enterrement. Puis, il y a quelques mois à peine, j’ai vu ma fille se marier et tout a soudainement changé. C’est comme si j’avais besoin de cet événement symbolique, de cette cérémonie, comme un mariage est le contraire d’un enterrement et comme l’amour est le contraire de la mort. Soudain, j’étais libéré du chagrin. Je me souviens du moment où je me suis rendu compte de cela, en pogotant avec ma fille et mon fils pendant que “Ça plane pour moi” de Plastic Bertrand explosait dans les enceintes de la piste de danse bondée. J’ai soudainement cru à nouveau que la vie pouvait être vraiment belle. Que la vie, c’est super !

3/ En lien avec ce qui précède, j’ai enregistré beaucoup de chansons à la maison pendant ma longue période de deuil, car je voulais tirer un disque de l’expérience. Mais toutes les chansons sont vraiment tristes. Vraiment déprimantes… J’ai réalisé que cette période d’écriture de chansons était une forme de thérapie, pour faire face à la mort de ma femme. Ironiquement, je ne pense pas que ma femme aimerait ces chansons car elle était la personne la plus joyeuse du monde. Donc, je ne pense pas sortir ce disque. Ou peut-être un jour, mais pas maintenant. Je suis occupé à écrire de nouvelles chansons, et je pense qu’elles sont bien meilleures. J’en ai déjà enregistré quelques-unes. Je les mets au fur et à mesure sur ma chaîne YouTube, c’est un peu comme sortir des singles. J’espère publier un nouvel album cette année. Et au fait, Needlejuice Records aux Etats-Unis va rééditer mon album “Cyclops Nuclear Submarine Captain”. Et, last but not least, j’espère jouer plus de concerts !

A ce propos, Dogbowl sera en concert le 7 janvier 2023 à Petit Bain, accompagné de Pascal Bouaziz, Michel Cloup et Christian Quermalet, avec The Married Monk en première partie.


Tanguy Pastureau (humoriste sur France Inter, en tournée en France en janvier)

​​1/ En 2022, j’ai été très pris, par la radio, par ma tournée, par la vie même. Par conséquent, je n’ai pas écouté autant de nouveautés que je le voudrais. Malgré tout, j’ai aimé (et j’aime toujours) le dernier album de Fontaines DC, et le premier de Wet Leg. Comme en fait tous ceux qui aiment le rock indé, quoi. Rien de bien original. Sinon, je parcours les plateformes à la recherche de trucs désuets qui me ravissent : j’ai beaucoup réécouté Claudine Longet (qui est toujours vivante et je me demande où et comment elle vit). Kate Bush, qui est revenue au gré des diffusions de séries à succès, et dont on se demande comment même elle avait pu être oubliée. Et l’album “Paranoid” de Black Sabbath a fait un retour magistral dans ma vie. Son ambiance lourde, ses circonvolutions mystiques, son horreur sous-jacente et sa malédiction palpable en font la bande-son idéale pour une année aussi atroce que 2022.

2/ La guerre en Ukraine, bien sûr, à laquelle on s’habitue malheureusement. Ces enfants kidnappés sur place et placés de force à l’adoption en Russie. Le climat qui s’emballe, ces étés à plus de 40 degrés durant lesquels tout semble figé, en l’attente d’un lendemain qui n’aura plus lieu. Ces chaleurs dont on se sort en se sentant survivant de quelque chose de plus gros que nous.
Musicalement et personnellement, j’ai décidé d’arrêter d’écouter des playlists, car j’avais l’impression, à zapper en permanence, de ne plus rien apprécier, de ne rentrer dans aucun univers. Je me suis remis à écouter des albums entiers, de la première à la dernière chanson, tels qu’ils ont été conçus par leurs créateurs, et ma vie en est devenue plus belle. L’afflux d’informations nous rend malades.

3/ En musique, je n’attends rien de spécial car, quand on regarde les palmarès des années écoulées, personne en janvier n’aurait pu prévoir ce qui arriverait jusqu’à nous sur les douze mois. On verra bien ce que l’industrie et les musiciens voudront bien nous apporter.
Plus largement, je souhaite plus de paix sur la terre, comme dans une chanson un peu gnangnan de Lenny Kravitz. Je souhaite la fin des conflits qui ont lieu actuellement. Je souhaite que Claudine Longet reste vivante. Et que l’album “Paranoid” de Black Sabbath ne soit plus un reflet de l’époque, mais une gentille dystopie.

Son site est ici.


Arnaud Catherine (écrivain)

1/ Je connaissais par cœur les maquettes du “Garden Party” de Florent Marchet – mon frère animal. Il n’empêche : j’écoute beaucoup l’album « définitif ». Je continue à avoir les larmes aux yeux sur “La Vie dans les dents” et “Freddie Mercury”. Je frissonne sur “Comme il est beau”. Il y aurait tant à dire. C’est un chef-d’œuvre.

J’aime beaucoup aussi “Consolation” de Pomme avec, notamment, ce si bel hommage à Nelly Arcan. Et j’ai écouté des dizaines de fois le “Au revoir” de Jeanne Added et pas mal vu et revu le clip (la version alternative centrée sur son visage).

2/ Un été très long, livresque, passé à écrire, océanique, salé. Je ne supporte plus autre chose que les beaux jours (même s’ils sont déréglés et seront bientôt sans doute difficilement supportables) et la fréquentation des bords de mer (même si je sais qu’ils finiront par disparaître). C’est une drôle de sensation : la jouissance devant pareille beauté et la certitude que nous avons tout fait pour la rendre folle et défigurée.

3/ Je veux trouver (et je trouverai) l’ardeur de terminer la co-écriture un livre qu’on m’a commandé, énorme et exaltant projet. Et j’attends de retrouver mon nouveau roman que j’ai, du coup, laissé en chantier à la 200ème page… Et j’attends…. les beaux jours, toujours et encore.​​


Nadine Khouri (musicienne, a sorti cette année l’album “Another Life”)

1/ James Johnston & Steve Gullick – “Everybody’s Sunset” : Magnifique disque atmosphérique, rempli d’ambiance, par deux grands artistes.
Lonny – “Ex-Voto” : J’ai découvert la musique de Lonny dans l’émission de Pierre Lemarchand, “Eldorado”.  Sa si belle voix m’a d’abord frappée, ainsi que sa sensibilité. 
Black Country, New Road – “Ants from Up There” : Je ne connaissais pas ce groupe : il y a quelque chose de touchant et troublant dans la voix du chanteur, qui me rappelle la fragilité et l’énergie des premiers disques de Bright Eyes.

Bertrand Belin – “Tambour Vision” : Une nouvelle découverte pour moi. J’aime beaucoup le lyrisme de ses chansons et l’aspect minimaliste de la production. 
Mendelson – “Le Dernier Album” : Je sais que ce disque est sorti fin 2021, mais les chansons “Les Chanteurs” et “Algérie” sont parmi celles qui m’ont le plus marquée cette année. Ce ne sont pas des propos que l’on retrouve souvent dans la musique indé et les textes de Pascal Bouaziz sont bouleversants. Je regrette d’avoir découvert ce groupe aussi tard dans sa discographie ; j’ai fait la route depuis Marseille pour les voir en concert en 2022, avant que cela ne soit la fin.

2/ C’était une belle année, très chargée ! J’ai signé un contrat de licence avec Talitres au printemps pour mon disque “Another Life” qui est sorti en novembre, ce qui me paraît miraculeux, avec tout ce qu’il faut préparer pour une sortie, surtout en ce qui concerne les vinyles (merci Talitres et Vinyl Record Makers !). J’ai pu rencontrer de merveilleux musiciens et des super personnes en France, à travers la musique. Je n’ai pas eu beaucoup de temps de réflexion, mais je suis très reconnaissante pour le soutien que les gens ont apporté à ce disque. Mon arrivée à Marseille (et plus généralement en France) a bien sûr été un changement important pour moi. Je suis très inspirée par cette ville et par toute la musique et les personnes que j’ai découvertes en arrivant. Ce n’est pas toujours évident de commencer une nouvelle vie quand on s’est tant investi dans l’endroit où on était auparavant, mais parfois il faut oser suivre son intuition.

3/ On ne peut jamais savoir comment une année va se dérouler… mais un peu de douceur serait bien.  En ce qui concerne ma musique, j’aimerais pouvoir présenter les chansons en live. J’aimerais aussi reprendre l’écriture et avoir un peu de temps de contemplation, c’est dans cela que je puise aussi une part de ma tranquillité d’esprit.


David Fenech (musicien, a sorti cette année les disques “Suspicious Moon” avec Pierre Bastien et “Transcodex” avec Jac Berrocal et Vincent Epplay)

1/ J’ai envie de répondre très simplement : je tiens une liste de mes écoutes ici sur mon audioblog David F presents où je publie chaque jour un billet d’écoute. En dehors de ça, j’ai beaucoup écouté de musique classique (Pérotin, Guillaume de Machaut, Olivier Messiaen) et beaucoup de disques de piano solo (Keith Jarrett, Thelonious Monk, Abdullah Ibrahim, les Mikrokosmos de Béla Bartók). 

Voici une petite sélection de disques sortis cette année particulièrement aimés :

  • Abdullah Ibrahim – Solotude
  • Ben LaMar Gay – Certain Reveries
  • Oren Ambarchi – Shebang
  • Horse Lords – Comradely Objects
  • Pierre Bastien – Sonic Folkways
  • Eric Chenaux – Say Laura

Et une liste de belles rééditions : 

  • Jimmy Smack – Death Is Certain
  • Morio Agata – Norimono Zukan
  • Branko Mataja – Over Fields And Mountains 
  • Big Blood – Fight for Your Dinner Vol. II
  • Lennie Tristano – Personal Recordings 1946-1970

2/ 2022 a été l’occasion pour moi de sortir un album en trio avec Jac Berrocal et Vincent Epplay (avec deux invités fantastiques, Jah Wobble et Jean-Hervé Peron) et un album en duo avec Pierre Bastien. Une année riche !

Par ailleurs, j’ai eu le privilège d’assister à quelques concerts marquants :
Abdullah Ibrahim en solo à la Philharmonie de Paris. Seul au piano, sans amplification dans cette immense salle… il a suspendu le temps. Une inventivité extraordinaire, un jeu fin et subtil et le sentiment de vivre un grand moment. Sublime.
Louis Laurain en solo au festival Sonic Protest. De la trompette solo… mais jouée différemment. Louis Laurain a une technique très singulière, qui lui permet de jouer des polyrythmes avec des petites baguettes de métal accrochées à ses doigts, en même temps qu’il souffle des mélodies et textures dans son instrument. Magique ! 
Pere Ubu « Moon Unit » au festival BBmix à Boulogne Billancourt. David Thomas a porté le concert du bout de sa voix qui n’a jamais été aussi touchante. On comprend vite l’enjeu au-delà de la musique car il est extrêmement fatigué (physiquement). Et en même temps plein d’énergie, c’était fascinant. Ce moment rare, un peu « chant du cygne » était à la fois triste à en pleurer et d’une force incroyable. J’ai repensé au dernier concert de Bashung à l’Olympia peu avant sa mort, qui lui aussi était intense et magnifique. A noter que David Thomas était accompagné de musiciens formidables (le fameux « Gagarin » qui jouait sur les derniers disques de Nico, Alex Ward que j’avais déjà entendu avec This Heat, et la subtile discrétion de Keith Moliné et d’une joueuse de thérémine dont je n’ai pas réussi à savoir le nom). 
Laraaji en solo à Lafayette Anticipations. Un bain sonore doux et apaisant. Une musique relaxante mais pas simpliste, en constante évolution. La classe.  

3/ Des surprises, de l’amour, de la musique…. et j’ai quelques disques prévus pour l’an prochain (dont un album en duo avec Rhys Chatham prévu pour mars 2023).


Laetitia Shériff (musicienne)

1/  J’ai découvert Steve Lacy. J’ai aussi écouté Low. J’ai découvert Duster. Et j’écoute aussi beaucoup Osees.

2/ Cette année est passée vraiment très vite. J’ai vacillé entre soulagement et colère, en permanence. Et aussi le bonheur de partir sur la route. C’est comme si tu es en bagnole, que tu vas à fond la caisse et que la boue éclabousse de chaque côté. Ça a été un peu ça, la tournée qu’on a faite.

3/ Encore plein de rencontres et plein de musique. Et j’attends aussi que les gens se réunissent davantage.


Florent Nesles (musicien)

1/ C’est un peu délicat car j’ai surtout écouté des « vieilleries » – même si je trouve ces « vieilleries » d’une modernité toujours aussi saisissante et bien plus excitante que beaucoup de choses qui sortent en ce moment : Can, Mark Hollis, Christophe, Suicide, Einstürzende Neubauten, The Fall, Lisa Germano, Eyeless in Gaza, Trenet, Nick Cave, Nick Drake, the Saints, Debussy, Mahler, Bowie, Neil Young, Mitchum, McCartney, les collections du GRM

Je me promène néanmoins beaucoup ici et là sur le net, et achète encore des disques – au Silence de la Rue en ce qui me concerne. Parmi eux, ces quatre albums :
YTI⅃AƎЯ” de Bill Callahan. Callahan, c’est presque un rendez-vous obligé, avec toujours cette peur au ventre et un peu vague d’être déçu. Chaque fois je le retrouve comme un vieil ami et chaque fois je reste sidéré par cette sensation de ruptures dans la continuité qui lui est si propre. C’est très très beau. Je n’ai pas fini d’en faire le tour.

“The Fantasy Life of Poetry & Crime” de Frédéric Lo et Peter Doherty dont il se trouve que j’ai suivi d’assez près la genèse et l’évolution. Dès les premières maquettes, j’ai su qu’on aurait affaire à un grand album, une rencontre France/Angleterre comme on en rêvait depuis longtemps. J’ai découvert en Peter Doherty un être absolument bouleversant d’authenticité et de créativité. Il ne cherche pas à être ou à faire : il est, il fait. Point. Sa voix voltige et virevolte avec une grâce infinie sur des compositions ultra-solides ; c’est extrêmement rare et c’est une grande leçon. Cette spontanéité colle parfaitement à l’écrin conçu par Frédéric Lo qui a composé et réalisé, une fois de plus, un album d’une classe et d’une élégance folles. La prod et les arrangements sont eux aussi superbes.
“Like a Fable” de Shintaro Sakamoto. Un album très ludique, au croisement de tout ce que j’aime, chanté en japonais, malgré les titres en anglais – et merci, parce que cette façon d’assumer sa langue maternelle contribue au charme et à la grande force de ce disque brillant, hybride, coloré, ultra-inventif.
“Le Monde réel” de Dominique A. Emballé. Il y a là une douceur, une tendresse presque palpables, une sorte de temps hors du temps jamais soporifique. Les compositions, les textes, l’interprétation assez nouvelle, les sons, les instruments, les arrangements, tout s‘imbrique subtilement et parfaitement. Certains termes deviennent galvaudés à force d’être utilisés mais ici le mot « organique » prend tout son sens. C’est minéral et tellurique, chaud, et profond, tout ce que j’aime, et le maître d’œuvre tient sa baraque comme personne.

2/ Avoir joué à la Boule Noire pour fêter la sortie de mon dernier album “Arsenic”. Entre cette salle que j’aime beaucoup (j’y avais notamment vu JP Nataf pour la sortie de son superbe album “Clair”), les invités (Lonny, Kent, JP Nataf, Frédéric Lo, Juliette Plumcocq-Mech, Silvain Vanot, Armelle Pioline) et le public, ça a été un très grand moment. Après les divers confinements et plusieurs résidences, c’est une soirée que nous attendions tous avec impatience : le label Microcultures Records, ma manager, les musiciens et moi. 
L’arrivée d’un tourneur, PyrProd, a été également un heureux événement.
Mais l’autre grand temps fort de cette année aura sans doute été d’ouvrir au Trianon pour Doherty & Lo. Je n’en menais pas large en montant sur scène ; pourtant, dès la fin du premier titre, ça s’est mis à applaudir à tout va. Super accueil, super public. Comme surgie du néant, j’ai entendu cette voix venue du premier balcon je crois, qui m’a lancé : « Bravo, c’est super beau, t’es qui, tu viens d’où ? » Ça m’a beaucoup touché et amusé. Échanges de sourires, sans bien savoir à qui je les adressais, échanges de regards avec mon musicien, et on a enchaîné.
D’autres « événements marquants » comme vous dites se sont produits ces trois derniers mois, mais il est encore trop tôt pour en parler…

3/ J’ai la chance d’être artiste-associé d’un lieu parisien, La Manufacture, depuis la rentrée. J’y suis en « hyper-résidence », c’est-à-dire sur une longue durée : deux ans. Grand luxe. C’est une occasion unique pour travailler dans un cadre serein, écrire, répéter, roder mes nouveaux morceaux, commencer à enregistrer, mais aussi initier des rencontres, des échanges, des débats, des expositions, des concerts. C’est une période très stimulante…


Thoineau Palis (musicien, a sorti cette année l’album “Coyote” de TH Da Freak)

1/ Je n’ai pas écouté énormément de choses sorties en 2022 mais j’ai écouté beaucoup de shoegaze, de noise pop et de la bedroom music principalement américaine. Le truc que j’ai découvert cette année et que j’ai dû écouter cinquante fois, c’est l’album “Bird” de Blue Smiley. Sinon en vrac, quelques disques qui m’ont frappé : “Second Principle” de MNNQNS, “God’s Country” de Chat Pile (merci Quentin notre batteur), “Watch My Moves” de Kurt Vile…  

2/ Mon année 2022 a super bien commencé avec un réveillon à Brooklyn à boire de la vodka américaine (dégueulasse) et à taper sur des piñatas à deux pas de la maison d’enfance de Biggie Smalls. Ça a donné le ton pour l’année ! En avril, j’ai sorti un album surprise et éphémère, “Indie Rock”, et on a joué pour les 10 ans de Howlin Banana Records en mai, une soirée mémorable (on a croisé Teenage Fanclub à l’after et je suis allé les complimenter pendant dix minutes, j’ai du être bien relou, ah ah !). Ensuite, mon dernier album “Coyote” est sorti et on a commencé à tourner. Nos release parties à l’IBOAT à Bordeaux et à la Maroquinerie à Paris étaient folles !

3/ J’attends de jouer le dernier album le plus possible dans n’importe quel coin du monde ! J’ai aussi prévu de me pencher sur de prochains disques car je fourmille d’idées. Je prévois aussi de me construire une salle uniquement remplie de piñatas chez moi.

Interview vidéo à voir ici.


Olivier Rocabois (musicien, a sorti cette année le EP “The Pleasure Is Goldmine”)

1 / Tim Bernardes : j’aime son énergie, sa façon élégante, à la fois enfantine et lettrée, de perpétuer la tradition des grands songwriters brésiliens.
Daniel Rossen : loin de Grizzly Bear, son talent est encore plus éclatant. Ses chansons vous transportent, il fait chaud et on se sent subtil et intelligent !
Boris Maurussane : un grand compositeur hexagonal ! J’adore la construction de ses titres, c’est fin, labyrinthique et lumineux. En plus, c’est un chic type (vidéo ci-dessous).
Weyes Blood : le dernier album m’a bien plu car elle nous parle volontiers des ses prophéties apocalyptiques et les chansons sont comme nimbées de mystère. Enveloppant et flippant. Ses interviews sont brillantes, j’aimerais rencontrer Natalie Mering !
Epic Soundtracks : j’étais un peu passé à côté dans les 90s mais Martial Jesus Solis, le mythique disquaire bordelais (Total Heaven) m’a rebranché sur ses albums, notamment le bellissime “Rise Above” [son premier en solo, sorti en 1992, NDLR]. Je ne m’en remets pas, j’ai l’impression d’écouter un grand frère, un modèle. Quelle que soit la chanson, jusque dans le choix des reprises.
Bonus : la B.O. d’“Orange mécanique” : je peux écouter Wendy Carlos du matin au soir. C’est d’ailleurs le cas en rédigeant ce petit texte !

2 / Comment j’ai vécu cette année 2022 ? Assez bien. Avec beaucoup de hauts et pas mal de bas aussi ! Mon dernier EP a été bien reçu par le public et la critique, je suis heureux et reconnaissant. Je fonctionne en mode ultra-indépendant, il y a une vraie proximité avec les gens mais on se heurte parfois à des murs institutionnels. Insiders versus outsiders. Je travaille à un rapprochement diplomatique ! Dans une dimension moins nombriliste, j’observe attentivement l’état du monde et suis fatalement très inquiet. Pour nos enfants. L’actualité est complètement dingue, surtout depuis trois ans. Les événements marquants ? Ce serait trop long ! Nous avons tous besoin de répit, de réconciliation. On ne peut pas vivre d’amour et d’eau pétillante mais ponctuellement, j’y parviens.

3 / Des joies collectives et individuelles. La concorde. Moins de guerres/pandémies/sécheresses. La santé pour nous tous! Et dans mon petit cas personnel, un nouvel album (je maquette comme un damné) et plein de dates (je cherche un tourneur : help !).


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