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Disques

Orwell – Composite

Jérôme Didelot et ses comparses traitent leur « composite », la maladie de ceux qui mettent en sons leurs mondes intérieurs. Un album de pop classieuse comme toujours, un peu plus uniforme et moins lumineuse qu’auparavant, mais qui révèle des trésors d’intériorité et de production.

Après un chef d’œuvre, “Exposition universelle” (2015), et un album pas moins passionnant, “Parcelle brillante” (2020), dont on retient un superbe duo avec Armelle Pioline, Jérôme Didelot s’était aventuré dans un autre duo, Son Parapluie, avec l’ex-idole des anciens jeunes, Isobel Campbell, dans “Paris n’existe pas” (2022) et avait brillamment relu ses amours d’adolescent, Simple Minds première période (“Simple Minded”, 2024).

“Composite” est un album un peu uniforme, très bleu à première vue, mais qui se révèle passionnant au fil des écoutes. Là où les précédents étaient un festival de couleurs et de luminosités, et de relatif optimisme, “Composite” paraît un peu amer, un peu downtempo, moins sunshine, dans lequel il n’est pas forcément facile de rentrer alors qu’on était immédiatement emporté par les autres.

Alors, on tend l’oreille et on perçoit les très beaux arrangements du tubesque Soltanto (flûtes, vibraphone, etc.). Sur Extralucide, c’est la basse baobab très 80s et les chœurs qui font le job, et dans Tellement sans, qui sent bon son JP Nataf, c’est la percu sourde qui attache.

Quant à Plus au sud, c’est l’atmosphère (claviers rêveurs, piano réverb), les textures (percu toute en peaux, guitares grésillantes) et la construction tarabiscotée qui captivent.

Côté textes, on a ainsi basculé dans une période douce-amère qui colle sans doute à notre belle époque gorgée d’optimisme et de lendemains qui chanteront droits dans leurs bottes.

On retrouve une écriture maligne comme sur Tout n’arrive qu’à moi, dans laquelle l’autobiographie prend aussi, sans doute, un côté politique, avec la thématique de l’extrême centre :

Vu du centre

Tout émoi (tout est moi) 

vient du ventre

Vu du centre

C’est tout moi

Dans Si le sol se dérobe, jeu d’écriture sur les notes, la poésie et la musique servent à sa raccrocher à la vie.

Si le SOL

se dérobe

Promet moi

d’être LÀ DOs à moi

FAsciné par une onde DORÉe

ou

FAtigué

j’ne peux être seul

Seul les MIrages font RÉver

Étonnamment, alors qu’on aime habituellement peu les Français s’exprimant en anglais, Long Is the Race (chasse à la chanson, écho de Chanson tremblée de Superbravo) et The Goodbye Tree, incursions-excursions, parcellaires ou non, dans la langue de Paddy McAloon, sont de belles réussites… et, encore une fois, les meilleures chansons de Prefab Sprout d’aujourd’hui. Amis anglais, tendez l’oreille… vers Nancy.

Long is the race

When the thought 

That youy chase

Is a ghost

Is a trace

That almost fades

Comme toujours, l’écriture oblique de Jérôme Didelot force l’écoute et planque sa vision du monde dans des chansons pseudo-amoureuses ou faussement légères comme Dans tes rangs, relation d’amour aveugle pour les lider maximos présents et à venir.

Enfin, la finale et solaire Plus au sud évoque, il me semble, sans trop en faire, la « fracture » sociale, économique, politique et climatique.

Avec Johanna D. qui ne se fait toujours pas aux longs hivers.

Composite” est sorti en CD, LP et en numérique sur Picture Disque le 15 mai 2026.

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