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Don’t go gentle: a film about Idles

Depuis lundi et pendant une semaine se tient à Bordeaux le festival Musical Ecran, le festival international du documentaire musical. Tourné pour les fans et surtout pour les fans, “Don’t Go Gentle: a film about Idles” projeté lundi dernier a le mérite de capturer l’énergie et la sincérité de ce groupe punk mais atypique. Il démontre même le passage de la colère des débuts à la bienveillance et la compassion exprimées dans leur second album. De la brutalité (“Brutalism”) à la joie (“Joy as an act of resistance”) en quelque sorte.

Malgré la tempête punk qui sévit outre-Manche depuis quelques années, Idles reste un groupe à part. Ce documentaire, réalisé par Mark Archer, un proche du batteur du groupe, s’étale sur dix ans, des débuts en 2009 à la tournée qui a suivi le deuxième album, juste avant la sortie de “Ultra Mono” salué dans nos pages ici. Tout commence à Bristol, berceau du… trip-hop. De cette ville so middle class et de son manque d’ambition va naître un des groupes les plus réjouissants d’Angleterre. Idles a l’art de mettre le chaos en concert et une énergie remarquable et remarquée par Steve Lamacq ; le DJ star de la fameuse et pointue BBC 6 ne sera d’ailleurs pas pour rien dans la notoriété du groupe.

Malgré les milliers de doigts d’honneur et de fuck que se prend dans les dents Mark Archer armé de sa caméra, le réalisateur parvient tout de même, au fil des interviews et des archives, à dresser un portrait intime d’un groupe que l’on voit se transformer à vue d’œil. Vieillir même, s’assagir. Si l’énergie brute, pour ne pas dire brutale, et la colère (contre les injustices, la politique, les Tories, l’homophobie, etc.) font sortir Idles du lot en début de carrière, les aléas de la vie et la fameuse maturité finissent par gagner un groupe dont les membres ne se ressemblent pas vraiment.

Émouvant, le chanteur John Talbot évoque avec une sincérité surprenante la mort de sa mère (puis, plus tard, de sa fille) juste avant la sortie du premier album du groupe en 2017. Plus réservé, le pourtant pas très fin bassiste Dev évoque lui aussi le décès de sa mère sans pudeur. Ce sont ces accidents de la vie qui ont, en partie, changé le groupe. Et du coup, cette sincérité sert de leitmotiv : chacun doit admettre sa vulnérabilité, chacun doit faire preuve de compassion et d’amour envers son prochain. Nous sommes loin des clichés punk !

La preuve de cette mutation se révèle dans deux scènes, deux extraits de concert. Le premier, au début de la carrière du groupe, où John Talbot chambre, voire engueule, un type au premier rang un peu… fatigué, visiblement imbibé de bière, avant de lancer furieusement un pogo de tous les diables. Le deuxième, des années plus tard lors de la tournée de “Joy…”, où le même John Talbot invite chaque spectateur à faire un câlin à son voisin. Il faut aussi voir les membres du groupe se donner des hugs et des  « I love you man » à tout bout de champ. Un monde de Bisounours que ne manquent pas de moquer les détracteurs du groupe.

Cette compassion, cette empathie et cette vulnérabilité avouée sont pourtant contagieuses. Le documentaire n’oublie pas le fameux AF Gang. Plus qu’une fan-base qui se retrouve aux concerts, il s’agit d’une vraie communauté (surtout sur les réseaux sociaux) de 30 000 fans où chacun peut évoquer ses problèmes (argent, santé, famille, etc.) sans pudeur et y trouver un soutien.

Le film se termine sur la prestation et les larmes de John Talbot à Glastonbury en 2019. Et là, on se dit : « pas de doute, ce mec est touchant. » Malgré ses défauts et son manque de recul, “Don’t Go Gentle” est un documentaire d’une sincérité désarmante sur un groupe qui ne l’est pas moins. Idles est devenu un groupe sans aucun cynisme ni aucune ironie et dont les maîtres-mots sont vulnérabilité et honnêteté.

La programmation du festival est ici.

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